La domotique sur le schéma unifilaire : KNX, NHC et Shelly
En bref : tout ce qui alimente ou pilote un système domotique — alimentation bus, actionneurs, variateurs, modules pour volets — doit figurer sur le schéma unifilaire, avec un circuit propre (10A, différentiel 30 mA type A) distinct de vos circuits d'éclairage et de prises. Votre système domotique reste ainsi opérationnel en cas de défaut ailleurs, et votre installation est prête pour l'organisme de contrôle.
Qu'est-ce que la domotique dans le contexte d'une installation électrique ?
La domotique désigne l'ensemble des systèmes qui pilotent de manière intelligente et automatique l'installation électrique d'une habitation : éclairage dimmable, volets programmés, prises connectées, détection de présence et gestion de l'énergie. Dans le contexte du schéma unifilaire, il s'agit concrètement des composants électriques derrière ces systèmes : alimentations, relais, actionneurs, systèmes bus et interrupteurs.
La règle de base reste simple et indépendante de la marque ou du protocole : tout ce qui consomme du courant, doit être protégé ou nécessite un circuit distinct figure sur le schéma unifilaire. La domotique ne fait pas exception — au contraire, un système domotique ajoutant souvent davantage de modules dans le tableau , un schéma complet et correct y est plus important que jamais.
Filaire ou sans fil : deux mondes, deux conséquences pour votre schéma
Il existe deux grandes catégories de systèmes domotiques, avec un impact très différent sur votre schéma unifilaire.
Systèmes bus filaires : KNX et Niko Home Control
Les systèmes filaires comme KNX et Niko Home Control (NHC) fonctionnent via un câble de bus de données séparé : pour KNX, une paire torsadée vert-jaune en 29 V DC ; pour NHC, un bus Niko spécifique. L'alimentation du bus (bus power supply) se trouve dans le tableau et nécessite :
- Son propre disjoncteur, généralement 6A ou 10A
- Son propre différentiel de 30 mA, type A
- Des actionneurs (modules de commutation, variateurs) dans le tableau, chacun avec sa propre commande et sa propre protection des circuits qu'il pilote
Avec KNX et NHC, le tableau contient donc nettement plus de modules qu'une installation conventionnelle. Une alimentation bus KNX de 640 mA délivre en général 29 V DC sur le câble de bus ; chez Niko Home Control, le Connected Controller est le module central via lequel les modules de commutation (par exemple 3 ou 6 circuits par module) sont pilotés par le bus. Tous ces modules doivent apparaître, un à un, sur le schéma unifilaire.
Systèmes sans fil : Shelly, Zigbee et interrupteurs wifi
Les systèmes sans fil comme Shelly, les appareils Zigbee (Philips Hue, IKEA Tradfri) et les interrupteurs wifi (Sonoff, Tuya) fonctionnent sans câble de bus séparé. Si l'appareil est intégré derrière une prise ou un interrupteur existant, il n'apparaît pas comme symbole distinct sur le schéma unifilaire — il fait simplement partie du circuit existant. Ce qui compte, c'est le profil de puissance total de ce circuit : la somme de tous les appareils raccordés ne peut pas surcharger le circuit.
Nuance importante : un relais Shelly ou similaire placé dans le tableau (version rail DIN, par exemple un Shelly Pro 1 ou Pro 2) apparaît bel et bien comme composant distinct sur le schéma unifilaire, tout comme un télérupteur classique.
relais
Interrupteurs
Les composants domotiques sur le schéma unifilaire
Pour les systèmes filaires les plus répandus (KNX et Niko Home Control), le schéma unifilaire contient au minimum les éléments supplémentaires suivants. Le catalogue des symboles du schéma unifilaire prévoit à cet effet deux symboles domotiques spécifiques :
Rail
Domotique
Module
Domotique
Alimentation du bus
L'alimentation du bus (par exemple 640 mA pour KNX ou le Connected Controller NHC) reçoit son propre symbole sur le schéma, avec le disjoncteur et le différentiel qui la protègent. Mentionnez la marque, le type et la tension de sortie (KNX : 29 V DC ; chez NHC, cela varie selon le module). Sur le schéma, le rail avec boutons-poussoirs est dessiné séparément des interrupteurs classiques, précisément parce que l'alimentation bus doit se trouver sur un circuit propre.
Actionneurs et modules de commutation
Un actionneur ou module de commutation commande l'éclairage ou les prises sur la base des commandes envoyées via le bus. Sur le schéma unifilaire, le module apparaît avec ses canaux de sortie (par exemple SM1/1, SM1/2...) et les circuits qu'il pilote. Notez le nombre de canaux (4, 6 ou 8 canaux...) et le courant maximal par canal.
Modules pour volets et variateurs
Les modules pour volets et les variateurs apparaissent eux aussi comme des composants distincts. Mentionnez les circuits qu'ils commandent et la puissance de charge maximale (en watts) de chaque canal.
Un circuit distinct pour les alimentations domotiques : pas une option, une obligation
L'alimentation d'un système domotique ne peut pas être raccordée à un circuit qui alimente aussi des points lumineux ou des prises. Prévoyez un circuit terminal distinct pour l'alimentation domotique, protégé par un disjoncteur de 10A et son propre différentiel de 30 mA (type A). Vous garantissez ainsi qu'un défaut sur le circuit d'éclairage ne coupe pas l'ensemble du système domotique — et donc pas non plus la commande des volets, du chauffage ou de l'éclairage ailleurs dans la maison.
La domotique sur le schéma de position
Le schéma de position montre, pièce par pièce, les interrupteurs, capteurs et actionneurs présents. Pour la domotique, ajoutez au minimum :
- Interrupteurs connectés et boutons-poussoirs : précisez s'il s'agit d'un bouton-poussoir NHC, d'un bouton-poussoir KNX ou d'un interrupteur classique avec un relais Shelly derrière
- Capteurs de présence et de mouvement : emplacement et zone de détection
- Capteurs de fenêtres et de portes : en cas d'occultation automatique ou de couplage avec une alarme
- Écrans tactiles ou panneaux de commande : emplacement exact dans l'habitation
- Passerelle ou contrôleur central : l'emplacement physique du Connected Controller (NHC) ou du routeur IP (KNX)
Cadre RGIE : que prévoit la réglementation ?
Le RGIE actuel (le Règlement Général sur les Installations Électriques, fixé par l'AR du 8 septembre 2019, en vigueur depuis le 1er juin 2020 et réparti en trois livres — le Livre 1 traite des installations à basse tension et très basse tension dans les habitations) ne comporte pas de chapitre distinct spécifique à la « domotique » ou à une marque déterminée. Les règles existantes en matière de protection et de très basse tension s'appliquent toutefois pleinement :
- Protection différentielle : depuis la modification du 1er juin 2023 (AR du 5 mars 2023), les circuits d'éclairage et de prises doivent obligatoirement être protégés par un différentiel de 30 mA, type A (le type AC ne suffit plus), avec un maximum de 8 circuits terminaux par différentiel (RGIE Livre 1, Partie 4, Sous-section 4.2.4.3.b). Une alimentation domotique sur un circuit propre relève de la même logique : 30 mA, différentiel propre, distinct de l'éclairage et des prises.
- Différentiel général : au début de l'installation, un différentiel de maximum 300 mA est obligatoire (RGIE Livre 1, Partie 4, Sous-section 4.2.4.3.b), que de la domotique soit présente ou non.
- Très basse tension (TBT/TBTF/TBTS) : le câble de bus de KNX ou de NHC fonctionne à une tension largement inférieure à 50 V — cela relève des dispositions du RGIE Livre 1, Partie 4, Chapitre 4.2, Section 4.2.5 (« Mesures de protection en très basse tension »), avec des prescriptions spécifiques pour la très basse tension de sécurité (TBTS) à la Sous-section 4.2.5.3. En cas de doute, consultez la fiche technique de votre alimentation bus : les fabricants y précisent explicitement si le circuit de bus est classé comme TBTS (SELV) ou comme très basse tension fonctionnelle (TBTF), ce qui détermine notamment les exigences de séparation vis-à-vis du câblage 230V.
- Séparation du câblage : les câbles de bus (données, très basse tension) doivent rester physiquement séparés du câblage à courant fort (230V), par exemple dans une goulotte ou un tube distinct, ou avec une distance suffisante aux bornes ouvertes. Ne les mélangez jamais dans la même boîte de dérivation sans l'isolation nécessaire.
Il n'existe pas de symboles RGIE distincts par marque ou par protocole, mais les conventions suivantes sont d'usage et sont également suivies par le catalogue de symboles :
- Une alimentation de bus est représentée comme un module avec puissance et tension en étiquette texte
- Les actionneurs sont dessinés comme des modules dans le tableau, avec leurs canaux de sortie, à la manière d'une rangée de disjoncteurs
- La liaison vers les câbles de bus est indiquée par un trait pointillé ou une désignation de circuit distincte
- Mentionnez toujours le système sous forme d'étiquette texte (par exemple « alimentation bus KNX 640 mA » ou « NHC Connected Controller »)
Le faire soi-même ou faire appel à un installateur ?
✅ Ce que vous pouvez faire vous-même : installer des appareils sans fil comme des ampoules Zigbee, des prises wifi ou un module Shelly derrière une prise ou un interrupteur existant, correctement protégé, sans toucher au câblage fixe. Configurer le logiciel, les scénarios et les automatisations n'est ni réservé ni interdit à un particulier bricoleur.
🔧 Pour cela, il vous faut un installateur agréé : toute intervention dans le tableau électrique (placer un nouveau disjoncteur ou différentiel, raccorder une alimentation bus), tirer un nouveau câblage pour un bus filaire comme KNX ou NHC, et placer un relais rail DIN comme un Shelly Pro dans le tableau. Cela touche à l'installation fixe et doit être réalisé dans les règles de l'art et conformément au RGIE.
📋 Contrôle électrique requis : toute modification du tableau — donc aussi l'ajout d'une alimentation domotique, d'un actionneur ou d'un relais rail DIN — nécessite un contrôle par un organisme de contrôle agréé (par exemple Vinçotte, OCB, BTV Control, Certinergie ou ACA) avant de remettre l'installation définitivement sous tension.
⚠️ Idée reçue fréquente : « la domotique, c'est juste du logiciel, l'organisme de contrôle n'y touche pas. » Faux : l'organisme de contrôle ne vérifie pas l'application ni la programmation, mais bien chaque modification physique du tableau et du câblage. Un schéma unifilaire non mis à jour ou l'absence de circuit propre pour l'alimentation bus peut entraîner une remarque, voire un refus.
🚨 DANGER DE MORT : ne touchez jamais vous-même au tableau électrique sous tension, et n'installez jamais une alimentation bus, un actionneur ou un relais rail DIN sans faire évaluer le circuit au préalable par un installateur agréé. Un différentiel mal raccordé ou une mise à la terre manquante peut être mortel.
Contrôle : que vérifie l'organisme agréé en cas de domotique ?
Lors du contrôle d'une habitation équipée de domotique, l'organisme de contrôle agréé vérifie notamment :
- Si toutes les alimentations bus, tous les actionneurs et tous les modules figurent bien sur le schéma unifilaire
- Si la protection (disjoncteur + différentiel) de chaque circuit est correctement dimensionnée
- Si la charge de chaque circuit n'est pas dépassée par la somme des appareils raccordés
- Si les câbles de bus sont correctement séparés du câblage à courant fort
- Si l'alimentation domotique se trouve bien sur un circuit propre, distinct de l'éclairage et des prises
Découvrez ce qui vous attend précisément lors d'un contrôle électrique, et les conséquences d'une installation refusée.
Coût : combien payez-vous en 2025-2026 ?
Les montants ci-dessous sont indicatifs (prix 2025-2026, hors TVA sauf mention contraire) et varient fortement selon le nombre de circuits, les fonctions souhaitées et l'entrepreneur.
| Système | Prix indicatif |
| Sans fil (Shelly, Zigbee) – quelques circuits, matériel | €200 – €800 |
| Niko Home Control – matériel, appartement/habitation moyenne (hors câblage, tableau, pose) | €2.500 – €6.500 |
| Niko Home Control – grande maison ou villa, matériel | €8.000 – €13.000 |
| KNX – pack de démarrage, tout installé | €4.500 – €6.500 |
| KNX – grande villa avec fonctions étendues, matériel | €15.000 – €60.000 |
| Pose/programmation par un installateur agréé (taux horaire TVAC) | €35 – €60/heure |
| Contrôle après modification du tableau | €120 – €250 |
Demandez toujours un devis détaillé, incluant le câblage, le tableau et les heures de travail — les systèmes filaires comme KNX et NHC exigent nettement plus de câblage qu'un système sans fil, ce qui fait vite grimper la facture totale.
Erreurs fréquentes
- « Je branche simplement l'alimentation bus sur le circuit d'éclairage existant. » ⚠️ En cas de problème sur ce circuit, tout votre système domotique tombe en panne du même coup. Prévoyez toujours un circuit terminal distinct, protégé par son propre disjoncteur et son propre différentiel.
- « Les appareils sans fil ne doivent pas figurer sur le schéma unifilaire, donc je n'ai rien à faire. » Partiellement vrai : pas l'appareil lui-même, mais la puissance totale du circuit sur lequel il est raccordé doit rester dans les limites. Additionnez tous les consommateurs d'un même circuit.
- « Un relais rail DIN comme un Shelly Pro n'est qu'un petit gadget bon marché, ça ne doit pas figurer sur le schéma. » Faux : une fois monté dans le tableau, c'est un composant à part entière que l'organisme de contrôle veut retrouver sur le schéma unifilaire.
- « Je ne dois pas adapter mon schéma unifilaire tant que je ne change rien aux circuits eux-mêmes. » Un module domotique ajouté dans le tableau change lui aussi la situation. Mettez toujours le schéma à jour dès qu'un nouveau composant apparaît dans le tableau.
- « Les câbles de bus et les câbles 230V peuvent partager la même goulotte, ce n'est jamais que de la très basse tension. » La très basse tension et la basse tension doivent rester physiquement séparées selon le RGIE Livre 1, Partie 4, Section 4.2.5 — ne les mélangez jamais sans l'isolation ou la séparation adéquate.
Questions fréquentes
Chaque relais Shelly ou appareil Zigbee doit-il figurer sur mon schéma unifilaire ?
Non. Si l'appareil est intégré derrière une prise ou un interrupteur existant, il fait partie du circuit existant et n'apparaît pas séparément. Un relais rail DIN dans le tableau apparaît, lui, comme composant à part entière.
Puis-je raccorder moi-même une alimentation bus KNX ou NHC ?
Non, cela touche au tableau électrique et au câblage fixe, et doit être réalisé par un installateur agréé, suivi d'un contrôle de l'installation.
Quel différentiel me faut-il pour une alimentation domotique ?
Un différentiel propre de 30 mA, type A, sur un circuit distinct protégé par un disjoncteur de 10A — séparé de vos circuits d'éclairage et de prises.
L'organisme de contrôle vérifie-t-il aussi le logiciel ou la programmation de mon système domotique ?
Non, l'organisme de contrôle évalue l'installation physique : câblage, protection et conformité avec le schéma unifilaire. La programmation elle-même échappe au contrôle.
Un schéma unifilaire est-il obligatoire en cas de domotique ?
Chaque habitation avec une installation électrique a besoin d'un schéma unifilaire, avec ou sans domotique. La domotique ajoute simplement des composants supplémentaires qui doivent y figurer.
En résumé — et au travail
La domotique rend votre installation plus complexe, mais aussi plus confortable et plus économe en énergie. La clé d'un contrôle sans accroc reste un schéma unifilaire correct et complet sur lequel chaque alimentation bus, chaque actionneur et chaque module est clairement indiqué, avec un circuit propre pour l'alimentation domotique. Avec l'éditeur de schéma unifilaire, vous ajoutez systématiquement tous les composants domotiques à votre schéma, y compris les symboles domotiques spécifiques, pour disposer d'un document professionnel prêt pour votre organisme de contrôle.
Consultez aussi notre article sur le tableau électrique moderne pour mieux visualiser le contexte, ou découvrez comment fonctionne un différentiel et pourquoi il reste tout aussi obligatoire pour la domotique.