Interrupteur différentiel : fonctionnement et règles RGIE
En bref : un interrupteur différentiel (aussi appelé disjoncteur différentiel) mesure en permanence la différence entre le courant aller et le courant retour, et coupe le circuit en 30 à 300 millisecondes dès qu'un courant de fuite apparaît. Depuis la modification du RGIE du 1er juin 2023 (AR du 5 mars 2023), tous les circuits d'éclairage et de prises d'une habitation doivent être protégés par un différentiel de maximum 30 mA — c'est la protection la plus importante de votre installation contre l'électrocution.
Qu'est-ce qu'un interrupteur différentiel ?
Un interrupteur différentiel — aussi appelé disjoncteur différentiel ou simplement « le différentiel » — est un dispositif de protection installé dans votre tableau électrique qui protège les personnes contre l'électrocution. C'est l'un des composants de sécurité les plus importants de votre installation électrique, et il est obligatoire selon le RGIE.
Précisons d'emblée : un différentiel n'est pas la même chose qu'un disjoncteur (ou un ancien fusible). Un disjoncteur protège le câblage contre la surcharge et le court-circuit : il se déclenche en cas de courant trop élevé, par exemple quand vous branchez trop d'appareils sur un même circuit. Un différentiel protège les personnes contre l'électrocution : il se déclenche en cas de courant de fuite, indépendamment de la consommation totale du circuit. Les deux sont nécessaires et se complètent — l'un ne remplace jamais l'autre.
Comment fonctionne un interrupteur différentiel ?
Le principe de fonctionnement est aussi simple qu'élégant. L'interrupteur différentiel mesure en permanence la différence entre le courant qui part vers un appareil par la phase et le courant qui revient par le neutre. En situation normale, ces deux courants sont exactement égaux : ce qui entre ressort intégralement.
Si un courant de fuite apparaît quelque part — par exemple parce que quelqu'un touche un élément sous tension, ou parce que du courant s'échappe vers la terre via un appareil défectueux — il y a une différence entre le courant aller et le courant retour. Cette différence signifie que du courant « fuit » par un chemin indésirable, par exemple à travers un corps humain vers la prise de terre .
Dès que cette différence dépasse le seuil de sensibilité (par exemple 30 mA), le différentiel coupe le circuit en une fraction de seconde — en 30 à 300 millisecondes. C'est suffisamment rapide pour éviter une électrocution mortelle, même si la décharge elle-même peut encore être douloureuse.
Sensibilité : 30 mA contre 300 mA
Il existe des interrupteurs différentiels de différentes sensibilités, et la distinction est essentielle à comprendre :
- 30 mA (haute sensibilité) : protège les personnes contre l'électrocution. Un courant de 30 mA n'est en principe pas encore mortel pour un adulte en bonne santé, à condition que le différentiel coupe assez vite.
- 300 mA (sensibilité ordinaire) : protège surtout contre le risque d'incendie dû aux courants de fuite des appareils fixes, mais offre une protection insuffisante contre l'électrocution. Était autrefois souvent utilisé comme unique différentiel (principal).
- 10 mA (très haute sensibilité) : parfois utilisé pour des applications particulières, comme les abords d'une piscine extérieure. Peu courant dans une installation domestique standard.
Depuis l'arrêté royal du 5 mars 2023, en vigueur depuis le 1er juin 2023, l'exigence du RGIE (Livre 1) a été fortement durcie. L'article 4.2.4.3 impose qu'immédiatement en aval de la protection en tête d'installation, au moins un dispositif de protection différentielle à haute sensibilité (max. 30 mA) soit placé, protégeant au minimum les circuits suivants : toutes les prises qui n'alimentent pas exclusivement un appareil fixe, tout l'éclairage, les locaux avec bain ou douche, ainsi que le lave-linge, le sèche-linge et le lave-vaisselle. Auparavant, cette exigence de 30 mA ne s'appliquait qu'aux locaux humides et à un nombre limité d'électroménagers — l'éclairage et les prises ordinaires n'en faisaient pas partie jusqu'au 1er juin 2023. L'article 5.3.5.3 impose en outre spécifiquement un différentiel de type A dans les locaux domestiques. Depuis lors s'applique aussi un maximum de 8 circuits terminaux par différentiel de 30 mA.
Nuance importante : ce durcissement ne s'applique pas automatiquement avec effet rétroactif. Pour les travaux électriques déjà entamés avant le 1er juin 2023, les nouvelles règles ne s'appliquent pas rétroactivement aux circuits inchangés. Dès que vous ajoutez un nouveau circuit ou modifiez en profondeur un circuit existant, celui-ci doit toutefois respecter la nouvelle exigence de 30 mA. Dans les installations plus anciennes équipées d'un seul différentiel principal de 300 mA, il est fortement conseillé — et cela ressort parfois lors d'un contrôle périodique — d'ajouter des différentiels 30 mA supplémentaires.
🚨 DANGER DE MORT : une installation où l'éclairage et les prises ne sont protégés que par un différentiel de 300 mA n'offre pas une protection suffisante contre l'électrocution en cas de contact direct. Faites évaluer et adapter cela le plus rapidement possible par un installateur agréé.
Les types d'interrupteurs différentiels : AC, A, F et B
Outre la sensibilité (30 mA ou 300 mA), il existe aussi une distinction de type, selon le genre de courant de fuite que l'appareil est capable de détecter. Cette distinction est souvent négligée, alors qu'elle fait une réelle différence technique.
Différentiel
Appareils de protection
| Type | Détecte | Application | Prix indicatif de l'appareil (2026) |
|---|---|---|---|
| AC | Courants de fuite alternatifs purs (sinusoïdaux) | Dépassé, de moins en moins utilisé | 30 – 50 € |
| A | Courants alternatifs + continus pulsés | Standard pour la plupart des circuits domestiques, obligatoire dans les locaux domestiques (art. 5.3.5.3) | 50 – 90 € |
| F | Comme le type A, plus les appareils à variateur de fréquence | Certaines pompes à chaleur/climatiseurs à vitesse variable | 90 – 140 € |
| B | Aussi les courants de fuite continus purs (lisses) | Bornes de recharge , onduleurs et batteries domestiques sans détection de fuite DC intégrée | 150 – 300 € |
Le type A reste le type le plus courant pour une habitation ordinaire. Le type B revient plus souvent dès que de l'électronique de puissance entre en jeu : une borne de recharge ou un onduleur peut, en cas de défaut, provoquer un courant de fuite continu « lisse » de plus de 6 mA environ. Au-delà de cette valeur, un appareil de type A ordinaire peut se saturer magnétiquement et devenir lui-même inopérant — autrement dit, il ne protège plus. L'appareil dispose-t-il lui-même d'une détection de fuite DC certifiée (RDC-DD selon la norme IEC 62955) ? Un différentiel de type A en aval peut alors parfois encore suffire, mais suivez toujours les instructions du fabricant. Avec le nouveau chapitre DC du RGIE (AR du 6 octobre 2025, en vigueur depuis le 1er avril 2026), un type B certifié est aussi explicitement exigé en cas de courant de fuite DC lisse provenant de batteries domestiques fixes de plus de 800 W.
De combien de différentiels avez-vous besoin dans votre habitation ?
Le RGIE exige que tous les circuits d'éclairage et de prises soient protégés par au moins un différentiel de 30 mA, avec un maximum de 8 circuits terminaux par différentiel. Il n'est en outre pas judicieux de raccorder tous les circuits à un seul et même différentiel : s'il se déclenche ou tombe en panne, toute votre habitation est privée de courant.
Une bonne règle de base pour une habitation unifamiliale moyenne :
- 1 différentiel principal de 300 mA (optionnel, comme protection incendie supplémentaire en tête d'installation)
- 2 à 4 différentiels de 30 mA, répartis sur les circuits, par exemple :
- Groupe 1 : éclairage (type A)
- Groupe 2 : prises des pièces de vie (type A)
- Groupe 3 : cuisine — taque de cuisson, four, lave-vaisselle (type A, éventuellement type F/B pour l'induction selon ses caractéristiques de fuite)
- Groupe 4 : buanderie, salle de bain, installation extérieure, borne de recharge (type A ou B, voir ci-dessus)
Ainsi, quand un différentiel se déclenche, une partie de votre habitation reste toujours éclairée et alimentée. Pour le nombre de prises par circuit, des règles RGIE propres s'appliquent d'ailleurs, indépendamment du nombre de différentiels.
Cadre RGIE : que pouvez-vous faire vous-même, et quand avez-vous besoin d'un installateur ?
Un interrupteur différentiel se trouve directement sur votre tableau de répartition et fonctionne sous la pleine tension de votre installation. Cela signifie qu'il existe des limites strictes à ce que vous pouvez faire vous-même en tant que bricoleur.
✅ Vous pouvez le faire vous-même : appuyer chaque mois sur le bouton de test de votre différentiel et vérifier qu'il se coupe ; contrôler visuellement que l'appareil ne surchauffe pas, ne se décolore pas et n'est pas endommagé ; consulter votre propre schéma unifilaire pour savoir quel différentiel protège quel circuit.
🔧 Pour ceci, il vous faut un installateur agréé : placer, remplacer ou raccorder un différentiel, fixer des câbles sur le différentiel, ajouter un nouveau circuit derrière un différentiel, ou modifier le type/la sensibilité d'un différentiel. Les travaux sur le tableau électrique se font toujours hors tension et par quelqu'un qui connaît les risques.
📋 Attestation de contrôle requise : après chaque modification de votre installation (par exemple l'ajout d'un différentiel ou d'un nouveau circuit), un organisme de contrôle agréé (entre autres Vinçotte/Electro-Test, Normec BTV, Certinergie, Bureau Veritas, OCB) doit contrôler la modification. Pour une habitation complète s'applique en outre un contrôle périodique tous les 25 ans (RGIE Livre 1, chapitre 6.5), et lors de la vente d'une habitation dont l'installation date d'avant le 1er octobre 1981, une attestation de contrôle est obligatoire depuis le 1er juillet 2008.
⚠️ AVERTISSEMENT : ne pensez pas « mon installation fonctionne quand même, donc tout est en ordre ». Un différentiel peut tomber en panne en interne sans que vous ne le remarquiez dans l'usage courant — seul le bouton de test ou un véritable courant de fuite le révèle. Une installation sans protection différentielle qui fonctionne correctement n'offre aucune protection contre l'électrocution, même si tout semble fonctionner normalement.
Erreurs fréquentes et idées reçues
Plusieurs malentendus sur les interrupteurs différentiels reviennent étonnamment souvent, y compris chez des personnes par ailleurs bien informées :
- « Un disjoncteur me protège aussi contre l'électrocution. » Faux : un disjoncteur réagit à la surcharge et au court-circuit, pas à un petit courant de fuite traversant un corps humain. Seul un différentiel le fait.
- « Mon ancienne installation avec un seul différentiel de 300 mA ne pose pas de problème tant qu'elle fonctionne. » C'est une idée reçue dangereuse : 300 mA protège contre l'incendie, pas contre l'électrocution. Depuis le 1er juin 2023, l'éclairage et les prises doivent être protégés en 30 mA ; dans les installations plus anciennes, l'ajout est fortement conseillé.
- « Je n'ai jamais besoin d'utiliser le bouton de test, c'est juste pour la forme. » Faux : le bouton de test est le seul moyen de savoir si l'appareil fonctionne encore effectivement. S'il ne réagit pas, le différentiel n'offre plus aucune protection.
- « Un seul différentiel pour toute l'habitation suffit, moins il y en a, mieux c'est. » Techniquement autorisé dans une certaine mesure, mais déconseillé : en cas de courant de fuite, toute votre habitation se retrouve immédiatement sans courant, et cela complique la recherche de panne.
- « Un différentiel de type A suffit toujours, même pour une borne de recharge ou un onduleur. » Pas nécessairement : en cas de courants de fuite continus lisses (typiques de l'électronique de puissance), un type A peut devenir inopérant. Vérifiez toujours les instructions du fabricant et le type exigé par le RGIE.
Le différentiel sur votre schéma unifilaire
Sur votre schéma unifilaire, l'interrupteur différentiel est représenté par un symbole RGIE spécifique. Vous y mentionnez : le type (A, B, AC ou F), la sensibilité (30 mA ou 300 mA) et l'ampérage nominal (par exemple 40 A ou 63 A). Ce schéma n'est pas seulement obligatoire lors du contrôle, il constitue aussi votre référence personnelle : en cas d'urgence, vous savez immédiatement quel différentiel coupe quel circuit.
Avec l'éditeur de Schéma Unifilaire, vous ajoutez facilement des différentiels à votre schéma, avec les bonnes spécifications, associés aux circuits qu'ils protègent.
Testez régulièrement votre différentiel (et remplacez-le en cas de doute)
Chaque interrupteur différentiel possède un bouton de test (marqué « T »). En appuyant sur ce bouton, vous simulez en interne un courant de fuite artificiel. Le différentiel doit se couper immédiatement. Il est recommandé d'effectuer ce test chaque mois — une habitude simple qui peut littéralement sauver des vies.
Le bouton de test ne réagit pas, ou l'appareil ne coupe pas (complètement) ? Votre différentiel est peut-être défectueux et doit être remplacé au plus vite par un installateur agréé. Comptez pour un différentiel de type A un prix indicatif d'environ 140 à 190 € posé (appareil + main-d'œuvre, indicatif 2026), et 250 à 450 € pour un type B. Le tarif horaire d'un électricien se situe généralement entre 40 et 50 €, hors déplacement et matériel. Lors du contrôle périodique, le fonctionnement de chaque différentiel est de toute façon testé par l'organisme de contrôle agréé.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un interrupteur différentiel et un disjoncteur différentiel ?
Aucune — ce sont deux noms pour exactement le même appareil. « Interrupteur différentiel » est le terme utilisé par le RGIE ; en Belgique néerlandophone, on parle aussi couramment d'« aardlekschakelaar ».
Dois-je remplacer mon ancien différentiel de 300 mA ?
Pas nécessairement tout de suite si l'installation reste inchangée, mais c'est fortement conseillé. Depuis le 1er juin 2023 (AR du 5 mars 2023), un différentiel de 30 mA sur l'éclairage et les prises est obligatoire dans le RGIE. Ce point revient souvent lors d'un nouveau circuit, d'une rénovation en profondeur ou d'un contrôle périodique.
Combien d'interrupteurs différentiels dois-je avoir au minimum ?
Au moins un différentiel de 30 mA pour tous les circuits d'éclairage et de prises, avec un maximum de 8 circuits terminaux par différentiel (art. 4.2.4.3). En pratique, la plupart des habitations utilisent 2 à 4 différentiels, répartis sur différents groupes de circuits.
Puis-je installer ou remplacer moi-même un interrupteur différentiel ?
Non. Les travaux sur le tableau électrique — y compris le placement ou le remplacement d'un différentiel — doivent être effectués par un installateur agréé et ensuite contrôlés par un organisme de contrôle agréé.
Quelle est la différence entre le type A et le type B ?
Le type A détecte les courants alternatifs et continus pulsés et suffit pour la plupart des circuits domestiques. Le type B détecte en outre les courants de fuite continus purs (lisses) et est nécessaire pour certaines bornes de recharge, onduleurs et batteries domestiques sans détection de fuite DC intégrée.
Conclusion
L'interrupteur différentiel est, avec une mise à la terre correcte, votre protection la plus importante contre l'électrocution. Veillez à ce que chaque circuit d'éclairage et de prises soit protégé par un différentiel de 30 mA du bon type, testez vos appareils chaque mois, et faites exécuter toute modification de votre installation par un installateur agréé puis contrôler par un organisme de contrôle agréé. Vous avez un doute sur l'état de vos différentiels actuels ? Dessinez d'abord votre situation existante avec l'éditeur de Schéma Unifilaire et discutez-en le résultat avec un professionnel.